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Soirée annuelle 2012


Discours de M. Paul-André Cadieux

23 novembre 2012, Restaurant de la Grenette


Mesdames et Messieurs les invités,

Je remercie Olivier Schaller, Président de la Concordia, pour son invitation et ses paroles introductives.

Je vais tenter de vous prouver au cours des quelques minutes qui me sont allouées que j’aurais pu être le directeur musical de La Concordia, en vous démontrant qu’un ensemble de musique et un club sportif se ressemblent beaucoup au niveau de l’administration et de la vie de tous les jours. Puis, en prenant comme exemples certains grands moments de l’histoire de La Concordia, je vous expliquerai que les principes et concepts utilisés par les directeurs musicaux pour mener La Concordia au sommet sont les mêmes que j’utilise encore aujourd’hui dans mon travail de coach. Il faut juste que la graine tombe sur une bonne terre.

Tout d’abord, j’espère que ceux qui s’attendent à entendre un accent québécois fort et pure laine ne seront pas top déçus car si La Concordia fête son 130ème anniversaire, je fête moi-même en cette fin novembre 2012 mon 30ème anniversaire comme Suisse et plus précisément comme citoyen des Grisons.

Ensuite, il y a exactement 30 ans, en succédant à Gaston Pelletier, je découvrais Fribourg et les Fribourgeois(es) après 12 ans d’activité en Suisse, toujours du côté suisse alémanique.

Je dois vous raconter une anecdote au sujet de ma venue à Fribourg. Lors des négociations avec les dirigeants de l’époque qui se tenaient quelques moments après un certain match Gottéron-Davos qui s’était soldé par une victoire par KO (l’affaire Bandura), j’avais dit que je n’étais pas trop chaud à l’idée de venir coacher en Suisse romande, que la mentalité des joueurs romands, telle qu’elle m’avait été décrite par certains collègues, ne convenait pas à ma manière de faire.

C’est alors que feu maître Anton Cottier et son directeur technique ont tout de suite dit que Fribourg Gottéron n’était pas une vraie équipe romande, qu’avec des joueurs qui venaient de la basse ville, on avait affaire à une toute autre mentalité. Ce sont des gars qui travaillent fort, qui n’ont pas peur d’aller où ça fait mal, qui vont se battre 60 minutes (il n’y avait pas encore de surtemps à l’époque). Ils sont passionnés et sont prêts à défendre leurs idées et leurs couleurs jusqu’au bout. Ce sont des gagneurs.

Et c’est bien ce que j’ai découvert en ralliant la nouvelle patinoire de St-Léonard. Un groupe de gars solidaires, un public fantastique et une ambiance magique et ce en 1982, non pas dans les années nonante. Tout n’a pas été facile au début. Je me rappelle les premiers matchs à St-Léonard. Nous avions perdu les deux premiers, le deuxième se soldant par une défaite très amère contre Bienne à Bienne. Durant l’échauffement et au début du match les fans scandaient le nom de : « Pelletier !, Pelletier ! ». Alors, comme le chef d’orchestre qui monte sur le podium, vous vous sentez vraiment seul dans ces moments.

Je vois déjà certains qui se demandent ce que ces allusions à Gottéron viennent faire ici. C’est le dîner d’anniversaire de La Concordia, pas celui de Gottéron. Il s’est trompé de salle.

Un tout petit peu de patience. Je sais que je suis lent parfois pour donner des réponses claires et nettes. Un coach doit être comme un politicien. Parler beaucoup et répondre par des questions.

Si je dis 1938, vous pensez à quoi ?

A cause de tout le tapage publicitaire en ce moment, la plupart me répondront que c’est l’année de fondation du HC Gottéron par un groupe d’amis du quartier de l’Auge.

Mais les membres de La Concordia vont tout de suite vous dire que c’est l’année où le conseil communal de la Ville de Fribourg a conféré le titre de Musique Officielle de la ville de Fribourg. Dans le document officiel on peut lire : « pour rendre hommage aux mérites et à la valeur artistique du corps de musique de La Concordia ». Donc 43 ans après que le Cercle des jeunes gens de la Concorde avait balbutié ses premières notes dans le quartier de l’Auge, La Concordia put fêter par une soirée choucroute cette nomination qui lui conférait un nouveau statut sur l’échiquier des corps de musique de la place de Fribourg.

Claude Schorderet, syndic de la Ville de Fribourg au moment du centième anniversaire de La Concordia disait « On sait que le maintien de son existence a exigé des sacrifices, l’esprit de dévouement et la foi dans un idéal qui puise sa force dans ses fondateurs.

Donc nous y voilà : La Concordia et Gottéron sont nés et ont grandi dans l’AUGE. Là où on trouve de vrais gagneurs !

Si j’avais plus de temps, je pourrais énumérer nombres d’autres similitudes entre La Concordia et Gottéron. Je me limiterai aux suivantes :
– La Concordia a aussi dû quitter la basse ville car elle y était trop à l’étroit en 1942
– Les statuts ont dû être adaptés. Les tenues ont changés comme les sigles, les drapeaux et les bannières.
– Les deux sociétés sont passées du niveau local (quartier) au niveau national et même international car elles aspiraient à plus. Elles ont fêté de beaux succès. La seule grosse différence à ce niveau, c’est qu’il manque un titre national à Gottéron.

Les présidents ont dû faire des choix difficiles au moment d’engager leurs directeurs ou coachs. Là, je dois dire qu’à l’exception des vingt premières années de son histoire, il y a eu moins de mouvements chez les directeurs musicaux de La Concordia que de changement de coachs à Gottéron. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils ont des plus gros salaires ou que la presse leur met moins de pression.

Mais c’est surtout au niveau des performances et dans l’engagement de ses membres actifs que ces deux sociétés se ressemblent.

Dès ses débuts, La Concordia se distingue par son dynamisme. Elle termine déjà au premier rang lors du concours fédéral à Zoug en 1923. Malgré les deux guerres et la crise économique des années trente, elle tient le cap.

Les directeurs musicaux de La Concordia ont été très tôt très audacieux dans le choix des oeuvres qu’ils demandaient d’interpréter aux membres lors des compétions cantonales ou nationales. En termes sportifs, je dirais qu’il avait une tactique agressive avec un bon contrôle de la rondelle et beaucoup de finesse technique. En agissant ainsi, il perpétuait le fait qu’il vaut mieux parler du désir de gagner que de la crainte de perdre.

L’interprétation de telles oeuvres demandaient des heures de préparations et de répétitions. Pour pouvoir y arriver, les chefs d’orchestre de La Concordia avaient, pour utiliser un mot bien à la mode de nos jours, « une vision » de ce qu’il voulait et pouvait atteindre avec leur groupe.

Rappelez-vous bien ceci « une vision claire permet de mieux définir ses priorités et de vivre un même geste non pas comme une contrainte mais comme une action dans le cadre d’un projet. » Comme coach, si je veux avoir du succès avec mon équipe, je dois non seulement prendre en considération ce que je veux atteindre, mais aussi comment je vais y arriver. La vision de l’équipe, c’est son style, son système, la manière de travailler, comment chaque joueur doit se comporter pour arriver au but final. Quel que soit le groupe que nous dirigeons, la vision fera ressortir le rôle que chacun doit jouer à l’intérieur de celui-ci pour arriver à la victoire finale.

Les 3 victoires musicales au festival de Granges en 1958, 1963 et 1968 et les nombreuses autres qui ont suivi montrent que La Concordia a souvent été dirigée par de grands visionnaires qui ont toujours poursuivi la recherche de l’excellence.

Sachez qu’il n’est pas de succès qui se mérite s’il n’est pas construit sur l’excellence. Encore plus que du talent, de l’intelligence même du génie, l’excellence naît de l’effort. Il est donc important de s’assurer que les personnes qui travaillent avec et pour nous aient le bon comportement. Notre recherche de l’excellence va nous amener à travailler dur et correctement, à chercher la perfection. Les premiers membres tant de La Concordia que de Gottéron doivent être montrés en exemples pour la passion qu’ils ont montrée pour la musique ou leur sport préféré et l’énergie qu’ils y ont investie.

L’excellence, c’est d’être constant à un haut niveau de performance, de savoir combien d’effort il faut donner et surtout à quel moment il faut le produire. L’excellence, c’est de n’avoir jamais assez fait.

Comme le disait le violoncelliste Gauthier Capuçon dans la Liberté en juillet dernier « On a jamais fini d’apprendre. »

Dans mon cas, j’aime bien rappeler à mes joueurs la maxime suivante de Sir Oliver Cromwell : HE WHO STOPS BEING BETTER STOPS BEING GOOD !
Cela veut dire que si tu cesses de progresser, tu cesses d’être bon.

C’est la maxime qu’il faut constamment rappeler aux jeunes que l’on forme.

La formation est un point aussi très important pour La Concordia. Déjà lors du centième anniversaire, on y faisait allusion en des termes voilés : « A l’aube du XXIème siècle, la jeunesse fribourgeoise est solide et digne de confiance. Grâce à l’environnement social très dense et très enrichissant que constitue La Concordia – qui voit oeuvrer dans un même enthousiasme musiciens de conditions, de cultures et d’âges divers – les jeunes prendront naturellement leurs responsabilités. Que demandent-ils d’ailleurs, sinon qu’on ait foi en eux ! » Les jeunes de 1982 sont certainement les fers de lance de La Concordia d’aujourd’hui et les nouveaux mentors.

Enfin, il faut souligner le rôle primordial qu’ont joué les directeurs musicaux dans les succès de La Concordia.

A l’exemple des Léon Stoecklin (1903 -1941) – Un travail immense pendant 38 ans accompli par une personnalité très exigeante mais tout aussi discrete.

Philippe-Jules Godard (1944 -1954), une personnalité artistique d’une valeur exceptionnelle.

Bernard Chenaux (1958 -1971 et 1978 -1983), le directeur qui mena La Concordia aux trois titres de Granges, qui amorça une phase de transition importante et sous la direction duquel La Concordia devint la Reine des Fanfares Suisses.

Et enfin Jean-Claude Kolly qui est en place depuis 20 ans d’affilé et qui a transformé La Concordia d’une fanfare à une harmonie d’excellence,
pour nommer que ceux-ci.

Il y en eu 23 en tout.

3 ont eu des doubles mandats un peu comme un entraîneur-coach qui revient une deuxième fois.

Tous ont été tour à tour des leaders, des architectes et enfin des motivateurs. C’est aussi le rôle des coachs sportifs.

Ds leaders : parce qu’ils ont amené des gens à penser, à croire, à voir et à faire des choses qu’ils n’auraient pas faites s’ils n’avaient pas été en contact avec eux. Ils ont non seulement dirigé des personnes, ils les ont aussi « challengées » et ils ont développé chez elles des habiletés et des talents qu’ils ne croyaient pas posséder.

Des architectes (des constructeurs) : Il faut bâtir une équipe puis ensuite la diriger. Le nombre imposant d’oeuvres que La Concordia a joué tout au long de son histoire n’est pas le fruit du hasard mais d’une savante planification, d’une minutieuse préparation, d’une judicieuse organisation et d’un entraînement intense où chaque directeur a dû faire part de doigté pour corriger et intervenir sans froisser les egos des musiciens.

Des motivateurs : vous le savez tous, le succès dépend de qualités comme le courage, le dépassement de soi, l’abnégation, le désir, la détermination qu’il faut constamment cultiver, ranimer et raviver. C’est par leur passion, leur personnalité, leur enthousiasme que les directeurs musicaux de La Concordia ont pu motiver et « énergiser » les personnes sous leur direction. Ils demandaient beaucoup mais ils donnaient encore plus.

Vous conviendrez qu’avec tous les points que je viens de citer, le travail du directeur musical est très semblable à celui du coach d’une équipe de sport. Il faut d’abord et avant tout gérer des egos. Certes, il faut une connaissance approfondie de la matière car les gens que l’on dirige sont toujours mieux formés et informés.

Alors là, je ne dois avouer que la musique n’est pas mon sport. J’ai trop sauté de classes de solfège pour aller à la patinoire. J’aurais donc beaucoup de difficulté à diriger un ensemble de la qualité de La Concordia.

Par contre, je me demande aujourd’hui, après avoir pris connaissance de tous les titres gagnés par La Concordia sous la férule de tels directeurs, si Gottéron n’aurait pas dû jeter un regard de ce côté-là pour trouver le coach qui aurait pu les mener au titre de champion suisse. Monsieur Kolly pourrait peut-être prêter main forte au coach de Gottéron pour les Play-Off.

Je vous remercie pour votre attention et vous laisse écouter ma chanson :
Le Blues à Cadieux


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