Soirée annuelle 2014


Discours de Michel Favre, juge cantonal

28 novembre 2014, école d’ingénieurs


Monsieur le Président,
Mon cher Olivier,
Madame la Présidente du Grand Conseil,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Syndic,
Chers Concordiennes et Concordiens,
Chers amis de La Concordia,

Lorsque votre président, à la sortie du concert annuel, m’a proposé de vous parler ce soir, j’ai été très touché de l’honneur qui m’était accordé et c’est avec grand plaisir que j’ai répondu favorablement à son invitation. Non sans une certaine appréhension toutefois de se retrouver devant cette impressionnante assemblée. Olivier m’a toutefois rassuré en me confiant que ce n’était pas en tant que Juge cantonal, mais bien plutôt en tant qu’ancien Concordien que je devais prendre la parole ce soir. Aussi, même si je ne connais malheureusement plus tous les musiciens, surtout les plus jeunes, j’en connais encore beaucoup, j’ai toujours grand plaisir à vous rencontrer et je me sens ici ce soir avec vous en famille. Alors Concordien un jour, Concordien toujours, je me suis mis à rassembler quelques souvenirs et impressions de ces magnifiques années ou je jouais dans le registre des euphoniums à côté du Président Olivier Schaller, mais aussi à côté de Gabi Donzallaz et de Dominique Cuennet, qui sont été plus persévérants que moi et qui sont toujours eux membres actifs. Depuis 1999, c’était au siècle dernier déjà, quinze ans se sont écoulés, mais les bons souvenirs de mes années concordiennes sont toujours intacts. Les moins bons ont quant à eux disparu, enfuis sous une épaisse couche de pâte sonore, ingrédient très à la mode chez Jean-Claude Kolly dans les années 90.

Mon premier contact avec La Concordia, c’était en 1984, après l’école de recrue dans la fanfare militaire quand j’ai commencé l’université à Fribourg. Les excellents et prestigieux corps de musique ne manquaient pas dans cette ville et si j’ai choisi La Concordia, c’est en fait pour une raison bassement matérielle, je voulais faire un stage dans une banque et le directeur de la Société de banque suisse, Philippe Schaller, qui était également Président de La Concordia et qui avait dû apprendre que j’avais quelques notions de musique, m’a dit “OK pour un stage dans notre banque, Monsieur Favre, mais vous venez jouer à La Concordia”.

J’ai accepté et ce fut un choix judicieux que je n’ai jamais regretté.

Tout d’abord, lorsque vous êtes étudiant dans une ville, vous avez naturellement tendance à rester entre étudiants de votre âge et à parler de vos études. En revanche, faire partie d’un ensemble musical tel La Concordia, qui réunissait des gens de toutes professions, de tous milieux, des jeunes et des moins jeunes, des romands et des alémaniques, quelques vrais bolzes aussi, ne pouvaient qu’enrichir l’horizon de chaque membre et faire découvrir des collègues à la personnalité très riche et des nombreuses facettes de la vie sociale et des relations humaines. Je pense en particulier à ces après-répétition mémorables ou nous refaisions le monde ou la vie musicale fribourgeoise, qui se prolongeaient fort tard dans la nuit le vendredi, à une époque révolue où il y avait encore dans le quartier du Bourg le café de la Croix fédérale, stamm de la société avec sa mythique patronne Danièle Aeby.

La Concordia m’a également permis d’élargir mes horizons musicaux. En effet, sous la direction d’Eric Conus d’abord, puis sous la direction de Jean-Claude Kolly, ces chefs exceptionnels nous ont fait découvrir et partager des oeuvres majeures et actuelles du répertoire des orchestres d’harmonie. Je me souviens notamment du fameux Poème du feu composé par Ida Gotkowsky, une vieille dame avec beaucoup de prestance. Elle n’avait en revanche malheureusement jamais dû jouer de l’euphonium (ni n’en voir un de près) car elle nous avait gratifiés de traits techniques (des avalanches de double-croches dans le grave) d’une vitesse et d’une difficulté jamais vue et dépassant de loin nos capacités. Cela nous avait obligés, avec mes collègues de registre (Olivier Schaller était aussi dans le coup), à inventer ce que nous avions nommé la “musique par impulsion”. Nous soufflions très fort et nous bougions très vite les doigts de manière totalement aléatoire. Le résultat ne devait finalement pas être très éloigné de ce que recherchait la compositrice, car le directeur, durant toute la saison musicale, ne nous l’a jamais reproché.

J’ai beaucoup appris de La Concordia. Jouer dans un tel ensemble demande de faire passer la cohésion du groupe avant sa propre individualité et exige de la persévérance, un énorme travail, de la précision et de la justesse. En droit, c’est un peu la même chose qu’en musique. Soit votre raisonnement est juste, soit c’est vraiment faux. Et comme en musique, il suffit que ce soit seulement un tout petit peu faux pour que ce soit vraiment faux.

Durant mes quinze ans d’activité, nous avions tous déjà l’impression que le niveau musical de La Concordia avait fortement progressé. Aujourd’hui, lorsque j’écoute La Concordia, je ne peux que constater que le niveau de l’ensemble a pris l’ascenseur et atteint un niveau d’excellence impressionnant. D’une part, grâce aux qualités et au travail de fond inlassable et efficace entrepris depuis de longues années par Jean-Claude Kolly, mais aussi par le travail assidu et par les qualités musicales de chaque musicien. Ce qui m’a aussi frappé lorsque j’ai assisté à une de vos répétitions, c’est que tout le monde était présent à l’heure du début de la répétition, autre progrès important par rapport aux années 90.

La Concordia m’a finalement permis de découvrir ou d’exercer certains talents cachés, par exemple servir des bières au stand de la Jazz parade, vendre des cartons de loto, vendre du vin, vendre des CD, vendre des pin’s, des tombola, tester et supporter avec plus ou moins de succès divers alcools locaux ou surtout étrangers, faire de la mise en page pour le journal Le Concordien, se réveiller très tôt pour jouer la diane à la Fête-Dieu, faire des cortèges très longs, au soleil ou sous la pluie, organiser des lâchers de ballons ou de confettis à l’américaine depuis le sommet de l’aula de l’université pour accompagner Stars and stripes for ever, mais il y a une chose que je n’ai pas faite, car il faut savoir connaître ses limites, c’est accompagner la section alpine de La Concordia lorsque certains musiciens, dans un moment de délire collectif, en 1992, ont décidé de jouer en uniforme sur le sommet du glacier d’Aletsch à la Concordiaplatz, après avoir escaladé la montagne en question. Comme Broyard de la plaine doté d’un esprit sportif qui peut être qualifié de relativement discret, mes limites étaient ici atteintes et s’il est bon de chercher à atteindre ses limites, il ne faut pas les dépasser.

Après avoir évoqué ces quelques souvenirs, il est temps de revenir en 2014. Ce soir, en voyant les Concordiens transformés en Concordaltoniens, tout de jaune et noir vêtus, on pourrait penser qu’ils occupent à longueur d’année la justice de ce canton. Tel n’est cependant heureusement pas le cas. A La Concordia, les directeurs, les moniteurs ou les présidents ne sont pas remplacés trois fois par saison et il n’y a encore jamais eu besoin de faire intervenir les forces de police en raison d’émeutes ou de rixes à la sortie des répétitions ou des concerts annuels. Lors des répétitions, on ne peut même pas reprocher aux musiciens de parquer en dehors des places de parc… il n’y a pas de places de parc.
La seule fois de l’année ou la justice croise La Concordia et les Concordiens, c’est lors de la cérémonie de la Fête-Dieu et c’est toujours avec émotion que lors de la procession, avec les autorités politiques et judiciaires, nous nous rendons du Collège St-Michel à la Cathédrale St-Nicolas, au pas de La Concordia.

Je suis très fier, tout comme vous tous, d’être membre de la grande famille concordienne qui existe depuis plus de 125 ans maintenant. Les musiciens passent, mais La Concordia, riche de ses racines et de ses traditions, en constante évolution et tournée vers l’avenir, se dresse, majestueuse et dynamique, tel un vaisseau amiral voguant de succès en succès. Je suis convaincu que ces succès se confirmeront lors des grandes échéances cantonales, fédérales et internationales qui vous attendent en 2015, 2016 et 2017.

Que vivent les Concordiennes et Concordiens, Que vive La Concordia !


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