Nicolas de Flüe, imposant

La Liberté – Lundi 27 mars 2017

Que de monde en scène ! La phalange chorale constituée pour l’exécution de Nicolas de Flue d’Arthur Honegger est imposante. Samedi soir, en effet, Pascal Mayer a réuni à l’église du Collège Saint-Michel de Fribourg les choeurs qu’il dirige habituellement : le Choeur de chambre de l’Université de Fribourg, le Choeur Pro Arte de Lausanne, le Choeur du Collège Sainte-Croix de Fribourg et le Choeur paroissial La Concorde de Grolley. Le public est venu en nombre et a réservé une belle ovation aux exécutants, au terme d’une interprétation remarquable.

Si cet ensemble vocal en impose par sa masse et sa puissance, il ne tombe jamais dans la lourdeur. Pascal Mayer maîtrise ces quelque deux cents chanteurs, ciselant les nuances et les contrastes. Il prend soin de rendre à chaque phrase, à chaque mot parfois, sa couleur particulière. Il n’est qu’à penser à l’interpellation récurrente “Nicolas !”, nimbée tour à tour de respect, de peur ou de solennité.

Mémorables, quasi dantesques, sont aussi les scènes d’émeutes telles que l’infernale sarabande des Compagnons de la Follevie. Et si d’autres chants en choeur d’hommes, plus proches de l’esprit d’un choral priant, s’avèrent onctueux et bien fusionnés, l’auditeur goûte aussi les voix cristallines des jeunes filles de l’ensemble, dessinant leurs chants en toute transparence.

C’est à La Concordia de Fribourg que revient le rôle d’ouvrir les feux et d’assurer les parties instrumentales. Elle adopte un son moelleux où résonne, martial comme dans l’ouverture de l’oeuvre, le chant brillant des cuivres. Et doucement, le drame s’installe.

Celui-ci est narré par un Eörs Kisfaludy spécialement inspiré, tantôt empreint d’une fraîcheur juvénile et lumineuse, tantôt emporté par une verve infinie. La présence scénique et le verbe du comédien galvanisent le public. Ils rendent présent l’ermite du Ranft et donnent chair à sa légende.
Daniel Fattore