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Guerre et paix aux Murten Classics

La Liberté – Samedi 20 août 2016

La pluie a empêché le concert d’ouverture des Murten Classics de se tenir dans la cour du château de Morat. C’est donc un peu à l’étroit dans l’église allemande que l’oratorio Nicolas de Flue d’Arthur Honegger a résonné jeudi soir. Avec ses rythmes martiaux, timbales et caisse claire, l’éclat de ses cuivres, la générosité de ses choeurs, l’oratorio n’a, depuis les premiers rangs en tout cas, pas tout à fait l’espace pour s’épanouir.

D’autant plus que Nicolas de Flue – qui inaugure trois semaines de festival consacrées à la Suisse – n’est pas exactement une oeuvre religieuse. Elle évoque bien l’humanisme de l’ermite helvète du XVe siècle, mais dans le sens d’une héroïsation, à la façon d’une «légende dorée». Même s’il y a quelques moments doux, des mélodies (comme le thème de la solitude) magnifiques, la tonalité de l’oratorio est volontiers glorieuse. La musique est très théâtrale. En ces temps où les guerres font rage, il y a quelque chose d’étrange à célébrer avec les mots de Denis de Rougemont le faiseur de paix entre villes confédérées et cantons ruraux. Aujourd’hui, la manière de raconter l’Histoire a changé. L’exaltation du texte laisse un sentiment d’anachronisme, de décalage, face aux actuelles images de douleur.

Si les mots ont peut-être vieilli, la manière dynamique dont ils sont imbriqués à la musique est très vivante et fonctionne toujours. A la tête de l’harmonie fribourgeoise La Concordia, en effectif réduit, Jean-Claude Kolly fait avancer le discours et gère les transitions avec beaucoup de précision. L’orchestre brille à diversifier les couleurs, à marquer les contrastes. En l’absence de voix soliste, c’est un acteur – Yann Pugin, très engagé – qui prend en charge le récit. Les chanteurs du choeur et de la maîtrise Saint-Pierre-aux-Liens de Bulle lui répondent avec intensité. Des voix jeunes, en partie issues de la maîtrise, éclairent les registres aigus. Les choeurs s’en sortent avec brio de cette partition exigeante pour des amateurs. Mais difficile d’éviter la sensation d’application dans les fugues ou les tessitures parfois dépassées par la hauteur des notes.

Elisabeth Haas