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Hommage ému à Bernard Chenaux

La Liberté – Lundi 9 février 2015

Fribourg – Le concert donné hier par la Concordia a été l’occasion de rendre hommage à son ancien directeur, né il y a juste cent ans.

Bernard Chenaux aurait eu cent ans hier. C’est ce jour que la Concordia a rendu homage à ce musicien complet, qui a été l’un de ses directeurs les plus marquants. Face à une salle Equilibre comble, la société d’harmonie fribourgeoise a partagé la double émotion des souvenirs et de la musique. Plutôt que de reprendre des compositions de Bernard Chenaux, la Concordia et son chef Jean-Claude Kolly ont joué en concert des pièces qu’il a effectivement dirigées ou qu’il aurait choisies.

Beat Rosenast, clarinettiste solo a illuminé de son jeu le concert de dimanche / Photo Vincent Murith

Le «Concerto pour clarinette no 2» d’Oscar Navarro est de celles-ci. Virtuose et magnifique, elle a permis au clarinettiste Beat Rosenast de briller en passant de climats sereins à des moments exubérants. Cela, en toute liberté et en rendant belle chaque note. Portée par une harmonie qui glisse en souplesse d’ambiances impalpables et éthérées à l’urgence des traits les plus rapides, la faconde musicale étourdissante du musicien envoûte jusqu’au bout. Redoublant de bravos, le public s’est levé pour applaudir avec chaleur la prestation hors pair de Beat Rosenast.

Sous la conduite de Jean-Claude Kolly, La Concordia, renforcée par ses cadets, se fait portraitiste dans Le Démon, poème symphonique de Paul Huber. Mis en valeur par cette partition, les cuivres résonnent, furieux et tendus, pour dessiner le portrait effrayant et grimaçant du démon éponyme. Quant aux bois, il y a du jus et de la fraîcheur dans leurs interventions.
Dirigée par l’assistant Eloi Fellay, l’ouverture de Poète et paysan de Franz von Suppé se distingue quant à elle par un jeu en demiteintes où s’affirme le rayonnement tranquille des cuivres.

Occupant la deuxième partie du concert, la Symphonie no 4 de David Maslanka installe ses accents solennels et majestueux. En début d’oeuvre, La Concordia joue la precision et la finesse pour placer ses pianissimos et les interventions solistes de certains de ses exécutants, à l’instar d’un cor aux lignes musicales de velours. Par contraste, les cuivres confèrent un supplément d’éclat à l’interprétation, tout comme celles de la harpe et de deux claviers. Et avant un final fortissimo d’une étonnante puissance, les clarinettes surprennent l’auditoire par des phrases musicales inquiétantes et fantomatiques, jouées
avec les seules embouchures.

Daniel Fattore