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Landwehr et Concordia en beauté

La Liberté – Lundi 26 mars 2012

Cent vingt-cinq musiciens étaient présents ce week-end à Equilibre / Photo Corinne Aeberhard

La conque d’orchestre n’était pas encore entièrement installée samedi et dimanche à Equilibre. Ce qui n’a pas empêché La Landwehr et La Concordia d’inaugurer en beauté le nouveau théâtre de Fribourg pour les orchestres à vents. Cette conque est d’abord utile aux interprètes, car elle leur renvoie le son. Ses murs étaient bien là, mais pas le toit. Les musiciens ont eu de la peine à s’entendre les uns les autres mais, pour le public, la nouvelle salle a confirmé la bonne acoustique que l’Opéra de Fribourg avait déjà fait pressentir.

Il y avait 125 musiciens sur le plateau, mais pas le moindre effet de masse. La qualité des interprètes et l’interprétation y tiennent aussi leur part, mais c’est avant tout grâce à l’acoustique sèche. Le son ne brasse pas, on entend chaque registre distinctement, l’équilibre entre les registres est bon, ce qui se remarque par exemple avec les percussions, qui ne donnent jamais l’impression de dominer. Depuis le milieu de la salle en tout cas, le volume de l’ensemble n’est jamais trop fort, ce qui peut être le cas avec les orchestres à vents et dans d’autres salles de spectacle. Un confort et un plaisir d’écoute donc très appréciables.

Ce concert n’a pas seulement créé l’événement parce qu’il inaugurait l’hymne «Equilibre», hommage à la nouvelle salle composé par Etienne Crausaz, mais aussi parce qu’il était le premier donné en commun par les deux harmonies phares de Fribourg. De fait, dans les registres, Landwehriens et Concordiens, en uniformes de gala, jouent côte à côte. Alain Deschenaux, président de La Landwehr, et Olivier Schaller, son homologue de La Concordia, jouent la carte de l’humour dans leur discours en commun, rappelant qu’il y a des liens familiaux et amoureux entre les musiciens des deux orchestres, sans cacher leur «saine» et «stimulante» concurrence lors des concours cantonaux et fédéraux.

C’est la directrice de La Landwehr, Isabelle Ruf-Weber, qui ouvre le concert avec l’ample et généreuse «Music for a Celebration» de Dirk Brossé, entrée idéale dans un contexte festif, qui crée d’emblée une atmosphère grandiose. Directeur de La Concordia, Jean-Claude Kolly la remplace ensuite au pupitre de chef pour une oeuvre au langage plus complexe et contemporain de Jean Balissat, «Le premier jour». La création du monde commence dans un effet sombre et grave, presque lugubre, de chaos, avant de donner une impression magique, à l’entrée du piccolo, des flûtes et de la clarinette aiguë, comme si l’apparition de la lumière tenait du miracle. Mais on est loin d’une musique purement descriptive. L’harmonie est sans cesse bousculée, les rythmes changent souvent exigeant une précision qui manque parfois au grand effectif orchestral, qui gagne en densité mais perd en netteté.

Point fort du programme, la première d’«Equilibre» poursuit sur cette voie ambitieuse et exigeante, parfois ardue d’une musique qui teste les limites de la tonalité. Etienne Crausaz y décrit la construction du théâtre, de la conception au chantier. Parfois son style tire vers la musique de film, quand on entend des rythmes répétitifs et rapides, quasi mécaniques. Mais le compositeur fribourgeois n’est jamais purement descriptif non plus. Dans le troisième mouvement, contemplatif, sa musique dégage une image très positive du théâtre. Voire hyperbolique quand les musiciens, sous la direction d’Isabelle Ruf-Weber, vainquent les passages difficiles pour donner un sentiment de grandeur et de plénitude. Après la pause, Jean-Claude Kolly conduit de manière très intense malgré quelques décalages les riches «Moisaici Bizantini» de Francesco Cesarini. Le final en apothéose profite assurément de l’effectif agrandi de la «superharmonie» fribourgeoise. Enfin, c’est Isabelle Ruf-Weber qui clôt le programme avec de la musique légère dans le swing «The Magic of Music» de Gilbert Tinner. Un final dansant fort applaudi.

Elisabeth Haas