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«L’Homme armé», hymne à la paix

La Liberté – Jeudi 8 novembre 2012

Un effectif colossal : 250 choristes et 75 instrumentistes sont placés sous la direction experte... / Photo Alain Wicht

Siviriez – La Concordia se lance dans une série de cinq concerts pour célébrer son 130ème anniversaire. Alliée à sept choeurs du canton, elle se consacre à la musique de Karl Jenkins

De 1882 à aujourd’hui, elle en a donné, des concerts et des galas. Du haut de ses 130 ans, La Concordia cultive sa tradition tout en veillant à sa relève. Solidement ancrée dans la catégorie excellence des harmonies du pays, elle coule des jours heureux sous la baguette de Jean-Claude Kolly. Après une alliance exceptionnelle avec La Landwehr en mars dernier, l’orchestre jubilaire s’apprête maintenant à dévoiler un nouveau projet d’envergure. Associé à sept choeurs, il donne rendez-vous au grand public ces deux prochains week-ends pour présenter «L’Homme armé», une oeuvre encore jamais jouée en terres fribourgeoises. Son compositeur, le Gallois Karl Jenkins, lui doit une popularité immense : depuis sa création londonienne en l’an 2000, cette puissante partition a été applaudie plus d’un millier de fois de par le monde, soit en moyenne une fois tous les cinq jours! Il faut dire que l’auteur d’«Adiemus» et d’autres grands classiques est un habitué des succès planétaires…

Mais restons-en à «L’Homme armé» et à l’effectif colossal qu’implique l’opération : 75 instrumentistes, 250 choristes, et pour canaliser ces forces, trois chefs aussi enthousiastes qu’ambitieux. Jean-Claude Kolly a monté ce projet avec la complicité de Jocelyne et Louis-Marc Crausaz, à la tête des différents choeurs. Choeur symphonique de Fribourg, Chanson des 4 Saisons de Corminboeuf, choeur Upsilon d’Estavayer-le-Lac, Tsêrdziniolè de Treyvaux, Villanelle de Montagny-Cousset, Cadette de Middes, Choeur de jeunes Zik Zag de Fribourg… Face à tant de voix réunies, cette collaboration en trio aura été la clé d’une préparation réussie.

Bonne humeur et fermeté

...de Jean-Claude Kolly, Louis-Marc Crausaz et Jocelyne Crausaz (de gauche à droite) / Photo Alain Wicht

La mise en commun de tous les acteurs a eu lieu samedi dernier au CO du Belluard, dans une salle de sports remplie jusqu’au dernier gradin. Entre bonne humeur et fermeté, les répétitions sont rythmées par les remarques incisives de chacun. A l’heure des concerts, les chefs des choeurs prendront place parmi les choristes. «Et puisqu’il ne sait pas chanter, c’est Jean-Claude Kolly qui dirigera tout !», plaisante Louis-Marc Crausaz, précisant sur un ton plus sérieux que l’expérience de son collègue à la direction de différents ensembles vocaux est des plus précieuses. «Connaître la respiration d’un choriste, c’est indispensable pour donner un départ », souligne-t-il. Les défis lancés aux interprètes sont de taille. Jean-Claude Kolly parle d’abord pour les instrumentistes: «Ils doivent assurer des parties complexes et rester dans leurs personnages même quand ils n’ont rien à jouer. Compter de longues mesures puis jouer une intervention, c’est toujours délicat. Et il faut bien sûr veiller à garder l’équilibre.» Cet équilibre, les chefs de choeur s’en préoccupent : de la projection individuelle de chaque voix aux reliefs que doivent créer les quatre registres, rien n’échappe à leur exigence.

L’oeuvre, librement conçue comme une messe et dédiée à la mémoire des victimes de la guerre du Kosovo, repose en partie sur la liturgie catholique. Jalonné d’emprunts à d’autres sources religieuses et humanistes, le texte s’entend comme un hymne à la paix. Il s’étend de la menace d’une guerre à la promesse d’un monde meilleur, entraînant l’auditeur dans les sombres tréfonds d’un conflit armé. «La musique est très parlante, presque figurative », confirme Jocelyne Crausaz. Un moment fort à découvrir à cinq occasions en l’église de Siviriez puis à Equilibre à Fribourg, où une supplémentaire a d’ores et déjà été fixée au soir du 18 novembre.

Benjamin Ilschner


2012.11.08 La Liberté