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J’ai dû apprendre enfin à dire non !

La Liberté – Lundi 21 janvier 2013

Jean-Claude Kolly, chef réputé pour toujours tirer le meilleur des corps de musique qu’il dirige / Photo Alain Wicht

Jean-Claude Kolly – Ce vibrant chef dirige depuis vingt ans la Concordia de Fribourg qui, pour le coup, le fêtera au début février à l’occasion de deux concerts.

Un chef pareil, ça surprend. L’esprit rieur, le visage aussi, Jean-Claude Kolly est passionné, exigeant, réservé et – c’est la meilleure ! – timide. Atachant et néanmoins suivi, respecté et reconnu.

Il sera aussi bientôt fêté pour diriger depuis vingt ans pile La Concordia, Corps de musique officiel de la Ville de Fribourg. Deux concerts de gala marqueront le coup, ces 2 et 3 février, à la salle Equilibre. Kolly n’a pas affaire à des ingrats. Sous sa direction, La Concordia est devenue une des meilleures harmonies du pays. Son chef, qui est aussi celui de La Gérinia de Marly, méritait donc bien des applaudissements…

Jean-Claude, avec le recul, comment sont passés vos vingt ans aux commandes de La Concordia ?

Vite, très vite ! Le parcours a été jalonné de défis, d’échéances importantes, mais nous avons beaucoup progressé. L’ensemble se trouvait à un tournant, quand je l’ai repris en 1993, car le chef qui m’a précédé avait commencé une transformation instrumentale de La Concordia pour en faire définitivement une harmonie.

Quelle est la différence entre une fanfare et une harmonie ?

Elle tient, pour faire court, à la répartition des instruments. Une fanfare compte plus de cuivres que de bois. Une harmonie, elle, est composée d’une petite moitié d’instruments de la famille des bois et d’une petite moitié de cuivres, le tout complété par des percussions. Dans la famille des orchestres à vent, c’est d’ailleurs ce qui fait de l’harmonie le membre le plus riche en possibilités.

Des souvenirs que vous gardez de ces vingt ans, quel est le plus fort ?

Nous avions été invités à Thônes, en Haute-Savoie, pour interpréter uniquement «La passion du Christ», la symphonie de Ferrer Ferran. Quand j’ai découvert le public, l’ambiance et le style de l’harmonie du coin, qui se produisait en première partie, j’ai compris qu’on ferait un bide. D’ailleurs, lorsque est venu notre tour, le silence a été long à obtenir. Mais La Concordia a joué et, ce soir-là, elle a été impériale. Emotions incroyables ! A la fin de cette magie, trois quarts d’heure plus tard, je me suis rappelé qu’il y avait un public. Mais comme la salle était silencieuse, j’ai cru qu’ils étaient tous partis. Or, ce calme précédait simplement la tempête. C’est-à-dire une standing ovation d’une dizaine de minutes…

Entre La Concordia et La Landwehr, la rivalité fait-elle toujours rage ?

Non, rien à voir avec ce qu’elle a été. Je trouve que la concurrence, maintenant, a pris le pas sur la rivalité. Nous avons de bons rapports, nous nous côtoyons entre chefs et en ce qui me concerne, j’ai plein d’amis landwehriens.

En musique, vous avez deux filles : La Concordia de Fribourg et La Gérinia de Marly. Une préférée ?

A un musicien qui me posait la question, un jour, j’avais répondu que je ne serais pas le plus heureux des chefs si je ne dirigeais qu’un seul de ces ensembles. Même si elles offrent des visages assez proches, ces deux harmonies sont différentes. Marly a un caractère encore un peu villageois, compte tenu de ses moyens, si bien que La Gérinia est davantage dans la ténacité et la persévérance. La Concordia, elle, avec son potentiel extraordinaire et sa couleur symphonique, permet d’avancer sur d’autres plans. Bref chacune a une personnalité bien à elle et je suis bien sûr attaché autant à l’une qu’à l’autre.

Et parmi vos musiciens, avez-vous vos petits protégés ?

Dans un orchestre, forcément, il y a toujours quelques éléments dont la façon de jouer vous convient parfaitement. Au bout de vingt ou trente ans, aussi, des amitiés s’installent et vous retrouvez les quelques mêmes personnes pour aller boire un verre après la répétition. Cela n’enlève rien au fait qu’un chef se doit de bien travailler avec tout le monde et d’imposer un vrai «team spirit».

Si je faisais de la musique, moi aussi je ferais chef ! Tenir une baguette, c’est pas trop fatigant…

Oh, on travaille aussi ! L’instrumentiste doit faire ses gammes, c’est vrai, mais le chef a un plus grand travail de préparation et davantage de responsabilités. Surtout, c’est lui qui doit insuffler de l’énergie à l’orchestre…

Etre sympa comme vous, pour un maestro, est-ce un handicap ?

Au contraire, c’est un avantage. J’ai une autorité naturelle et musicale, mais je déteste dresser des barrières entre les musiciens et moi. En étant proche d’eux, je peux leur demander davantage encore. Et leur indiquer ce qu’ils trouveront au bout du chemin, s’ils réussissent à se surpasser…

Votre autre grande affaire, à côté de la musique, est l’enseignement.

Mes premières amours sont allées au piano, mais la vie a fait que je suis devenu instituteur. Ce métier, à Ependes puis à Marly, m’a passionné. Et côté musique, aujourd’hui, c’est le rêve ! A Lausanne et à Fribourg, j’enseigne la direction à des adultes et j’ai la chance d’avoir deux classes excellentes. Etre au contact de futurs chefs, c’est génial, car ça m’oblige à sortir de la routine.

Avec tout ça, vous reste-t-il un peu de temps libre pour vous ?

La vie d’un musicien alterne entre périodes de feu et périodes de de calme. Mais le temps, depuis peu, je le prends. Bien obligé ! J’ai fait l’an dernier un début d’infarctus, lequel a entraîné une remise en question dans ma façon de vivre. Suivant les conseils médicaux, je continue à faire du vélo une dizaine d’heures par semaine et j’évite de charger mon programme. Le pire, c’est que j’ai dû apprendre enfin à dire non. Et ce n’est pas gagné, car ça me demande toujours un effort de me rappeler ce mot : «Non»…

Et comment voyez-vous la suite ?

Mes prochaines années ressembleront aux précédentes, je crois. Elles seront faites de joie, d’émotions et de beaucoup de travail. Le tout avec l’envie et la volonté de toujours faire mieux…

Pascal Bertschy


C’était hier

L’âme et aussi l’habit d’un chef

Châtel-St-Denis, 2010 : Jean-Claude Kolly s’apprête à diriger La Concordia dans le cadre de la Fête cantonale des musiques fribourgeoises. Il avait entamé sa carrière de directeur, naguère, au sein du choeur Le Tsèrdziniolè de Treyvaux. Depuis, il a conduit différents ensembles – dont le Brass Band de Fribourg – et a souvent oeuvré ici ou là en tant que chef invité. Ses plus belles histoires, toutefois, il les vit à la tête de La Gérinia de Marly et de La Concordia. Cette dernière le fêtera, d’ailleurs, à l’occasion de deux concerts de gala à la salle Equilibre de Fribourg. Précisément le samedi 2 février à 20h et le lendemain à 16h…


Kolly en quelques notes

Un trait de son caractère

«L’envie de se perfectionner, encore et toujours.»

Un défaut

«J’aime bien avoir raison.»

Une gourmandise

«Le chocolat noir.»

La boisson qui le rend meilleur

«L’eau, bien que j’apprécie toujours un bon verre de vin rouge.»

Une ville qu’il adore

«Paris.»

Un pays où il pourrait vivre

«J’aime trop Fribourg pour me poser cette question.»

Son sport préféré

«Le cyclisme. J’en fais depuis longtemps et j’ai même roulé à côté de Merckx, du moins l’espace de quelques mètres à l’occasion d’une Rominger Classic…»

Un film culte

«Le dîner de cons.»

Un truc télé

«J’aime bien Koh-Lanta.»

Les airs qui accompagnent ses jours

«En étant du matin au soir dans la musique, j’écoute beaucoup de choses pour mon plaisir. Mais, quand j’ai du temps, j’opte volontiers pour une symphonie de Mahler…»

Une belle femme

«Claire Keim.»

Quelqu’un qu’il admire beaucoup

«Bernard Chenaux, qui fut un de mes prédécesseurs à la direction de La Concordia (de 1958 à 1971, ndlr) et que j’avais eu la chance de côtoyer dans mon enfance.»

Les musiciens qui le font vibrer

«Si je m’en tiens aux chefs, je commencerais par citer Valery Gergiev et Riccardo Chailly.»

L’endroit où il rêverait de se produire

«Si on nous proposait de jouer dans la salle de concert de la Philharmonie de Berlin, par exemple, je ne dirais évidemment pas non.»

Un souvenir d’enfance

«Comme Jo Siffert avait son garage juste à côté de chez nous, au Mouret, j’ai eu un jour la permission et la joie de m’asseoir dans sa voiture de course»

Ce qui a le don de l’énerver

«L’agenda qui se remplit vite, au point de ne plus vous laisser le temps de faire ce que vous aimez.»

Ce qui l’effraie le plus

«Le vide»

Ce qui le fera toujours rire

«Mes propres bêtises.»


Bio express

Naissance le 7 juillet 1961 à Fribourg.

Enfance au Mouret avec un papa, feu Pierre, chef de garage et musicien, une maman, Zita, couturière, et une soeur prénommée Anne-Marie.

Vit avec son épouse Laurence à Montévraz et le couple a deux enfants musiciens : Lise (25) et Yves (20).

Parallèlement à ses études musicales, a fait l’Ecole normale et a d’abord exercé le métier d’instituteur.

Diplôme de direction d’orchestre, en 1988, au Conservatoire de Lausanne.

Dirige La Gérinia de Marly depuis 1984 et La Concordia de Fribourg depuis 1993.

Enseigne la direction d’ensembles à vent à la Haute école de musique de Lausanne et au Conservatoire de Fribourg.


2013.01.21 La Liberté