Info fermer ×
+

Le voyage forme la jeunesse musicale

La Liberté – Mardi 11 février 2014

Le Corps de musique de la Ville de Fribourg et son chef titulaire Jean-Claude Kolly ont accordé trois bis / Photo Charly Rappo

Fribourg – La Concordia a invité le public d’Equilibre à un parcours décoiffant.

Pour ses concerts de gala donnés ce week-end à Equilibre, La Concordia de Fribourg s’est choisi le voyage pour thématique. L’on pouvait craindre le pire tant celle-ci, éculée, est trop souvent prétexte aux patchworks sonores les plus improbables, aux collisions stylistiques les moins séduisantes. Heureusement, les Concordiens ont eu le goût de ne pas verser dans le tourisme musical, présentant un programme varié mais cohérent. Il faut dire que, pour annoncer les pièces, les voix enregistrées de Roger Jendly et François Gillerot sur un dialogue de Jean Steinauer (qui furent eux-mêmes Concordiens), ont donné le ton juste d’une soirée où la jeunesse tenait une belle part.

Il paraîtrait que celle-ci se forme par les vertus du voyage. Le chef titulaire Jean-Claude Kolly, qui dirige également les Cadets depuis quelques mois, semble avoir pris l’adage au pied de la lettre, choisissant d’intégrer le temps d’une pièce ses jeunes recrues à l’harmonie. Bien lui en a pris, et l’oeuvre «Libertadores», aux couleurs sud-américaines, a vu plusieurs musiciens en herbe venir se fondre dans les rangs. Une belle idée pour valoriser une relève prometteuse, à l’instar des jeunes percussionnistes, particulièrement exposés dans ce morceau et remarquables de précision.

Jeunesse aussi dans «Cap Horn», où Beat Rosenast, assistant du directeur ayant fait ses premières armes de clarinettiste chez les Cadets, a pris la baguette pour mener ses comparses dans les remous de cette partition rythmique et exigeante. Denis Dafflon, issu des mêmes bancs et actuellement corniste à l’Orchestre symphonique de Berne, a fait montre d’une sereine élégance en soliste, avec une propreté et une précision remarquables, particulièrement dans l’aigu.

Le reste du programme était à l’avenant, notamment avec «Expedition», vaste poème symphonique mettant en lumière les différents registres, ceux-ci se levant tour à tour pour jouer leur part. Des épisodes touchant à l’expressionnisme y voisinent avec des plages plus rhapsodiques (superbe solo de saxophone ténor). Ici comme ailleurs, remarquable d’engagement, de finesse et de clarté, Jean-Claude Kolly sait tirer le meilleur des talents qui composent son harmonie, dans un répertoire difficile mais séduisant par la variété des couleurs, des effets (percussions corporelles, chant) et des nuances qu’il y insuffle. Quelques décalages infimes n’auront pas terni la brillance de la prestation et la belle unité de cette Concordia, à la hauteur de sa réputation, aura peut-être fait taire les sempiternelles critiques quant à l’acoustique du lieu : 65 musiciens dans un fortissimo, ça décoiffe, avec ou sans conques. Le public ne s’y est pas trompé, qui a vu son enthousiasme récompensé par trois bis. Le dernier, une marche plus traditionnelle a montré que cette formation, pour explorer des terres lointaines, n’en oublie pas d’où elle vient.

Thierry Raboud