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Le rythme endiablé d’un rêve américain

La Liberté – Lundi 4 février 2019

Samedi soir à Equilibre, hommage était rendu par La Concordia à deux compositeurs éminents de l’Amérique du XXe siècle : George Gershwin et Leonard Bernstein. Ce concert de gala annuel marquait également les 50 ans des cadets de l’harmonie fribourgeoise. Une belle occasion pour permettre aux jeunes musiciens d’intégrer l’orchestre dans une création de Pierre-Etienne Sagnol en ouverture du concert. Roots, commande du Fonds romand et tessinois, sollicite la collaboration de deux ensembles d’expérience contrastée par l’habile dialogue fondé sur l’éclectisme du langage musical. Du monde idéalisé de la “berceuse réconfortante”, le compositeur nous plonge dans l’univers déstructuré du rêve. L’esthétique grandiloquente inspirée par la musique de film laisse place à un paysage sonore impressionniste exploitant le bruitage et l’idiome des instruments. Les danses du monde du dernier mouvement entrent en résonance avec le titre alors que surgit une musique très corporelle concrétisée par la body percussion.

Ce prologue fut une ouverture parfaite à l’univers musical de George Gershwin. La Rhapsody in Blue reste l’oeuvre la plus célèbre du compositeur de Brooklyn, notamment pour son premier solo de clarinette introduit par un emblématique glissando. Parfaitement réalisée, cette introduction laisse vite place aux mains agiles de la pianiste Fiona Hengartner. La Fribourgeoise surprend par son jeu ravélien au toucher délicat et à l’articulation irréprochable.

Cette couleur impressionniste associée à une tendance à amplifier les rubatos poétise son rapport avec l’orchestre. La vision de l’individu au milieu du bouillonnement sonore urbain fait de rythmes jazz s’impose. Si la qualité sonore de l’harmonie est irréprochable, le souci d’équilibre de la baguette de Jean-Claude Kolly tend à se traduire par une certaine retenue de l’ensemble, amenuisant les contrastes avec le jeu léché de la pianiste.

Nul doute qu’il ne s’agit là que d’une composante accidentelle tant l’énergie est époustouflante dans le mambo de la suite West Side Story de Bernstein. Ampleur sonore, précision d’articulation, et qualité de timbre sont présentes pour servir l’incroyable qualité de la musique du chef et compositeur américain.

Moins à l’aise dans le lyrisme exacerbé postromantique, l’harmonie fribourgeoise fait montre d’une conscience perpétuelle de l’équilibre et de l’échange notamment entre bois et cuivres. Cette qualité sonore se trouve magnifiée par un registre de percussions hors du commun, garantissant l’ardeur nécessaire à cette musique corporelle et urbaine d’une Amérique fondée sur la culture de l’immigration.

Guillaume Castella